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Baloji

Baloji - Hôtel Impala

De Lubumbashi à Liège

Hôtel Impala
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Posté Sam 23 Fev 2008
Après son départ médiatique en 2004 de la formation belge Starflam où l’artiste était perdu entre des dissensions béantes qui frappaient le collectif, Balo s’est, après cette épreuve, rajouté la syllabe « ji » à son blaze, devenant alors un individu motivé par ses intentions d’embrasser ses origines et de donner enfin des réponses concrètes à des questions qui ont perpétuellement marqué son existence. A la fois un voyage émaillé de rencontres des fantômes du passé et d’un éclaircissement des réminiscences de la mémoire, Hôtel Impala est sans aucun doute une arme que l’artiste possède pour narrer son parcours initiatique marqué par une multitude de problématiques plus complexes les unes que les autres.

Ainsi ce premier volume nous présente en toute simplicité une personnalité blessée par ses liens difficiles qu’elle entretient avec ses parents, de son identité « Afropéenne » délicate qui est quelque part une sorte de terme qui met en exergue son refus de juger son pays d’origine. Après avoir claqué la porte de la formation belge, Baloji expérimente différentes visons artistiques comme le théâtre, l’implication dans des projets associatifs avant de réellement passer à des choses sérieuses en mai 2005 quand il participe à un concours de Slam à Paris. Sa victoire à cette compétition va lui redonner confiance et l’inciter petit à petit à approcher la musique. Le point culminant de tous ces efforts est représenté par ce premier projet solo baptisé Hôtel Impala, en référence à cet hôtel que son père a dû abandonner en 1991 suite à l’embrasement de Kolwezi, là où il est né lors d’une union illégitime entre un homme d’affaires et d’une femme d’un soir. Bref, le sorcier (Baloji signifie "sorcier" en Swahili) réalise un disque conceptuel dont la caractéristique première est d’être « filmique » dans le sens où l’artiste est présenté comme un acteur qui va revivre les événements de sa vie.

Marvin Gaye va indirectement jouer un rôle fondamental dans la conception du disque dans le sens où chaque approche musicale a été motivée par cette phrase qui est présente dans un inédit du légendaire chanteur soul : « I’m going home to see my mother, I’m going home to see my dear old dad », cet inédit est rebaptisé “Nakuenda” qui signifie “rentrer” en Swahili et ce titre va faire resurgir les blessures du passé, celles liées à ses parents. Venons-en justement sur la production qui est comment dire… extraordinaire ! Certes dans la vie, il est conseillé de tempérer ses enthousiasmes mais force est de constater qu’en parcourant la BO de l’artiste, on est automatiquement immergé dans un océan d’influences hétéroclites tantôt fidèles à des beats cuivrés, tantôt à des pianos hypnotisants du titre « De L’autre Côté de la Mère », du fluide « Septembre » et de sa fin absolument orgasmique qui est composée d’un effet vinyl fabuleux et de samples lointains qui touchent l’inconscient, etc. On pourrait en écrire des tonnes sur les choix de productions qui explorent de manière exhaustive chaque segment de la musique : Jazz, Hip Hop, références africaines, Soul, Hôtel Impala a bénéficie d’un véritable orchestre de beatmakers, de chorales et de producteurs dont on n’aurait pu imaginé l’existence comme la participation du chanteur américain Amp Fiddler. On le voit bien, cet opus s’inscrit dans un souci de démontrer combien il est marqué d’influences diverses mais, et c’est le plus important pour nous, il est toujours orienté d’une telle façon qu’on le considère comme une oeuvre Hip Hop.

La Belgique est souvent évoquée dans cet album comme sur l’immanquable « Tout ceci ne vous rendra pas le Congo » qui est recueil magistral de thèmes divers. Colère, amour, frustrations… Chaque sentiment se complète, se marie, s’unit pour former une mixture détonnante et étonnante. Baloji traite de la terreur qu’apporte le colonialisme dans son pays mais en la relativisant quelque peu puisqu’il souligne que sa patrie est le théâtre d’affrontements ethniques fratricides et qu’elle est un vulgaire pion dans des enjeux géopolitiques qui dépassent l’imagination : "Et paraît que l’Unesco n’aide que les pays cartes postales /Mais au lieu de s’affairer aux affaires courantes Car un tiers du pays est sans courant, ni eau courante Nos guerres ethniques renforcent ce statu quo / Le Congo est un terrain de stratego / Pour ces pays voisins devenus rivaux / Dans le pillage de ses minéraux, de ses lingots / Et ça dégringole, le pays est sous contrôle / Et c’est pire qu’au temps de Léopold". Et le final est juste sublime, en bifurquant vers des références ancestrales du pays et en soulignant combien le Congo a été meurtri lorsque les colons belges ont confisqué les terres pour ériger notamment le domaine privé du Roi Leopold II appelé « Le domaine de la couronne », ce monarque sera la cause de nombreuses atrocités… Il faudra user de la touche « Next » à plusieurs reprises avant de se trouver nez à nez avec l’amour que ressent Baloji quand il parle de la ville de Liège (sur « Liège Bruxelles Gand »), sous un concept de trajet dans un train. Le perfectionnement de ses rimes sur les hauteurs de Cointe, ses remerciements pour l’hospitalité des personnes du disquaire « Caroline Music », ses errements au Carré quand il était adolescent, etc. Bref Liège a conquis le coeur de notre bonhomme et on sent à l’écoute qu’il tient plus que tout à sa ville.

Il est bien compliqué d’énumérer tous les thèmes traités dans ce Volume I tant l’artiste part dans des directions différentes… Mais tellement touchantes ! Ce projet est articulé, et on l’a dit, comme un film, une sorte de « Road Movie » psychologique qui va revenir avec attention sur chaque fait qui a construit l’identité du MC belge. Que ce soit des sujets sociaux comme quand Baloji condamne la lourdeur administrative dont il a dû faire face pour obtenir une hypothétique régularisation… Plus qu’un simple titre Hip Hop, « Repris de justesse » serait un choix judicieux pour appuyer le discours des sans papiers prisonniers de cette pensée diabolique dont la finalité serait une exclusion définitive du territoire belge. Notre ami explicite parfaitement ce qu’un demandeur d’asile vit au quotidien. Pour faire le lien avec une thématique sociale, citons l’extraordinaire « De l’autre côté de la mère » qui est une personnification du rite de passage, de l’action de quitter une rive pour un environnement inconnu sous le masque de la mère de Baloji. Une lettre qui fait apparition et tout un questionnement ressurgit, « dois-je revoir ma mère ? », « Comment va-t-elle réagir en revoyant son fils ? » Ce titre peut être interprété de façons différentes, pour certains l’artiste parle de l’immigration et de cette peur au ventre à l’idée d’affronter l’immensité de l’océan pour atteindre une terre synonyme d’eldorado, pour d’autres c’est ce déchirant adieu d’un fils pour sa mère qui prime. Entre l’atmosphère de l’insouciance de l’enfant « Le reste du monde » qui nous présente un gamin tourmenté par ses origines et sa difficulté à s’inscrire dans une société hostile à la différence ou encore le magnifique « Ostende transit » (Et encore un zeste de Marvin Gaye dans la production) qui met en valeur les souffrances d’un enfant, les sujets sont personnels et traités d’une manière profonde sans tomber dans l’écueil de la redondance.

Concernant la prestation de Baloji, elle variera en fonction des attributs de chaque personnalité : pour les sévères, le MC appuie trop ses rimes et a tendance à utiliser des paroles répétitives. Pour les moins pinailleurs, ils se délecteront de la plume affûtée qui forme des textes efficaces qui vont droit à l’essentiel et qui touchent, même avec des mots simples, le cœur de l’auditeur. Saluons la performance de l’artiste qui excelle dans la narration et qui est capable de passer de sujets divers sans accrocs, un réel bonheur pour l’écoute. En ce qui concerne la prise de risques, ce serait un euphémisme de dire que le MC n'en prend pas puisque il s'essaie au chant "Où en sommes nous?", expérimente le Slam sans aucune gêne.

Cet Hôtel Impala se clôt sur un zénith à savoir le superbe « Nakuenda » qui reprend un inédit de Marvin Gaye avant de conclure comme il se doit sur des rythmes africains du plus bel effet. Alors certes, on aurait voulu en dire encore plus en mentionnant des pépites comme le sombre « Septembre », « A l’heure d’été », « Entre les lignes » qui conte l’arrivée de Baloji dans sa famille d’adoption et toutes les difficultés qui existent en corollaire de cette situation. Nul besoin de vous en faire un dessin, Hôtel Impala est incontestablement un album exceptionnel où le concept de l’exil et du parcours initiatique fonctionne à merveille, où des éminents psychologues pourraient reprendre des domaines disséqués par le Belge pour mettre sur pied des thèses passionnantes. Un voyage, une odyssée psychique qui explore les tréfonds de l’existence, un témoignage poignant d’un Homme qui révèle les caractéristiques du chemin qui l’a emmené jusqu’en Belgique sous la couverture d’une multitude de formes d’expressions artistiques… Une disque mémorable et fabuleux qui exige plusieurs niveaux de lecture pour en comprendre toute l’essence, une œuvre mûrement réfléchie qui adopte une forme en spirale pour se replier sur elle-même… Pour mieux se redéployer par la suite.

Bravo Baloji, vous êtes à coup sûr une fierté pour le Hip Hop du plat pays, toutes nos félicitations les plus sincères.
Ma note : 9
Posté Sam 23 Fev 2008
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1. intro****
2. tout ceci ne vous rendra pas le Congo *****CLASSIC SHIIIT!!!
3. entre les lignes ****
4. Ostende transit*****
5. le reste du monde****1/2
6. la petite espèce****
7. à l'heure d'été ***
8. septembre ***** CLASSIC SHIIIT!!!
9. repris de justesse****
10. coup de gaz***1/2
11. hôtel impala****
12. de l'autre côté de la mère***** CLASSIC SHIIIT!!!
13. où en sommes-nous ?***1/2
14. Liège Bruxelles Gand ****
15. Nakuenda*****

Une chronique d'un artiste Belge réalisée par un Belge, la boucle est bouclée :)
Posté Sam 23 Fev 2008
Il est méchamment bon cet album, futur classique pour moi. J'ai fait un article dessus sur mon blog où je détaille mon avis : Cliquez ici

Ps : Excellente chronique mon ptit Nass' :good:
Ma note : 9
Posté Sam 23 Fev 2008

Très bonne chro', bravo FIZ :good: ;) Il faudrait que tu fasses des chros sur 2K, franchement
Posté Sam 23 Fev 2008


Merci ^^ j'ai déjà fait qq chros ici mais bon c'est long à faire j'ai la flemme :buh:
Posté Sam 23 Fev 2008
Très très bon album, instrus au top et MC plaisant à écouter. Et puis c'est tout.
Ma note : 9
Posté Sam 23 Fev 2008

Ba, t'as vu qu'j'suis pas le seul à te le dire :P
Posté Dim 24 Fev 2008
Exellente Chro' , Bon deja , Baloji j'le connais depuis Starflam et akro et serieusement , je misais 100 fois plus sur Akro que Baloji . Comme quoi :lol:
Le Skeud est un vrai Voyage , dans les instru , dans les themes , Dans les lyrics , Un truc de fou , Y'a un vrai travail derriere et sa se voit .

19/20 , Mais 20 Pcq il m'as signer un autograph' :lol:
Ma note : 10
Posté Dim 24 Fev 2008
belle chronique my friend

ben pour ma part cet album est superbe. c'est vrmt la grosse surprise de cette année ( enfin l'année passée pour nous les Belges héhé B) ).

pour allé en profondeur j'adore son coté soul, jazz, rock, hip hop. ses paroles sont vrmt touchante. les themes ne sont pas vrmt tres diversifié mais developpé differement.
gros points positifs, il a fait du baloji et pas du starflam et surtt ses textes peuvent toucher tt le monde, pas seulement ceux que traitent l'album.

pour les points negatifs, comme tu dis il appuye trop ses rimes et parfois son flow ne colle pas au rythme.

mais c'est un gros album qui a ouvert une grande porte au rap belge et j'espere en voir bcp plus.

tain mais je me souviens de baloji quand il vivait encore a bruxelles, je me souviens sa maison c'etait dans un sous sol... c'etait petit et au ras du trottoire... il vivait vrmt dans un bas logis :unsure: B)





:scooter: sur ma vie j'en suis fier de celle la :D ( dedicasse à Mano :D )
Ma note : 9
Posté Lun 25 Fev 2008
Bon j'vais pas trop répéter ce qui a été dit. Très grand album, il y a pas photo, seul petit défaut, son flow qui varie très peu ! Mais sinon, wow, quelle merveille de musique Hip Hop !
Ma note : 9
Posté Lun 25 Fev 2008
Déjà bonne chronique Nass.
Ensuite enorme album de Hip hop, riche au niveau instru et riche niveau parole. Un des meilleurs albums francophone de 2007 pour ma part, abusé par contre de le sortir en France plus d'1 mois après la date Belges.
Ma note : 10
Mes favorisXL Middleton
XL Middleton
Posté Lun 25 Fev 2008
hésitante pour noter cette album qui est une pure merveille je l ai entendue sur trace sa ne nous rendra pas le congo je me suis laissée tenté a ecouter l album et pas decu lyricalement instrumentalement c'est plaisant ennivrant un depaysement totale sa fait vraiment plaisir bonne route a boloji que sa continue....merci
Ma note : 10
Posté Lun 25 Fev 2008
excellent album , je manque des mots pour décrire l'émotion que ma procuré l'écoute de cette galette , entre nostalgie et fou rires ! Monsieur Baloji viens de réaliser la ca aucun doute un chef d'œuvre

excellente chronique
Ma note : 10
Posté Lun 25 Fev 2008
bon j'ai hâte d'écouter cet album, déjà la chanson "Tout ceci ne nous rendra pas le Congo" est montrueuse (le clip :rolleyes: , il me fout des frissons au début).
:good:
Posté Mar 26 Fev 2008
Très bonne chronique wouaou :o

Sinon bah l'album c'est un bijoux c'est clair, il faudrait l'écouter plus de 20 fois pour en saisir toutes les richesses.
Vraiment un 1er opus solo magique de la part de Baloji, prise de risques maximum pour une réussite totale, et il chante super bien en plus :buh:

Vraiment une très bonne découverte pour moi, parce que la scène rap belge pour moi avant c'était euh... :unsure: (naa pas James Deano voyons :P ) bref comme quoi :good:

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